Dagobert Ier « Jour brillant » ou encore « Bonheur du jour », obert ou oberth (bonheur) et dag (jour), en vieux francique (né v. 602/605 – mort le 19 janvier 638 ou 639) était un roi des Francs de la dynastie mérovingienne, fils de Clotaire II, roi des Francs et de Bertrude. Il régna sur l'Austrasie de 623 à 632, et comme roi des Francs de 629 à 639.
Biographie
À l'âge de neuf ans, il est atteint d'une entérite colique. Bertrude l'envoya avec Caribert, dans la villa royale de Reuilly, à l'est de Paris. Il fut instruit par des clercs qui lui enseignèrent le latin et l'histoire. À dix ans, il apprit à monter à cheval, pratiqua du sport et le maniement des armes. Il pratiqua également comme passe-temps certaines activités manuelles comme l'ébénisterie et la menuiserie. En 615, il rejoignit la cour du roi son père, avec qui il entretint des relations dictées par la raison d'État, pour y suivre l'instruction de l'École du palais où il enrichit ses connaissances politiques et administratives.
A la mort de Bertrude, en 618, Clotaire se remaria quelques mois après le décès de son épouse avec Sichilde, alors gouvernante de Caribert. Dagobert la vit comme une intrigante cherchant à favoriser Caribert tout en la soupçonnant d'avoir été la maîtresse de son père. Avec son frère Brodulf (ou Brunulf), elle tenta de faire obtenir un héritage égal entre les deux fils de Clotaire, alors que Caribert fut mis à l'écart de la succession royale pour cause d'incapacité à régner. En 621, aux quinze ans de Caribert, Sichilde obtint de Clotaire un don de petits domaines disparates et éloignés les uns des autres, formant des comtés gérés par des intendants royaux, à chacun de ses deux fils. L'âge de la majorité fut donnée aux deux princes, supprimant leur gouvernance. En guise de remplacement, un maire du palais fut désigné pour chacun d'eux, bien que ne régnant sur aucun royaume. Harmaire échoit à Caribert, quant à Dagobert, il lui fut permis de choisir : il proposa le duc Ega, qui participa à sa formation à l'école du palais en plus d'avoir bonne réputation, ce dernier accepta et la proposition fut approuvée par le roi. Brodulf et Sichilde firent en sorte d'éloigner le plus possible Dagobert de la cour, afin que le roi porte plus d'attention à Caribert, en incitant Clotaire à envoyer Dagobert un peu partout à travers la Gaule, en Austrasie, Burgondie et Neustrie. Ceci permit à Dagobert de connaître les régions du royaume avec leurs particularités, de rencontrer des gens de toutes conditions et de visiter toutes sortes de lieux, de lier des relations et d'être perçu comme délégué de la couronne.
En 622, il siégea au conseil du royaume, où il participa aux décisions gouvernementales en étant consulté par son père et ses ministres. Il recommanda la prolifération des immunistes, octroyant un diplôme royal d'immunité aux propriétaires de domaine, refusant l'accès au domaine à toute personne extérieure autre que le roi afin de limiter le pouvoir des Grands du royaume qui usurpaient le pouvoir du roi pour exercer une juridiction à ses dépens et s'accaparer des pouvoirs judiciaires ainsi que des biens, taxes, capitation, récoltes... Il promut également des recommandations pour assurer une meilleure hiérarchisation seigneuriale : un seigneur reçoit l'hommage d'un guerrier ou d'un chef qui prêtait serment de fidélité et offrait ses services en échange d'avantages et de la protection du seigneur. Une protection spéciale et des devoirs particuliers furent attribués à ceux qui se recommandaient au roi. Les leudes étaient des recommandés qui placèrent leurs terres sous la protection du roi et en échange de quoi, le roi leur en offrait d'autres.
Dans le but d'augmenter la production agricole des paysans libres, le concept d'origine romaine des précaires fut répandu : un propriétaire terrien accordait l'exploitation d'un terrain à un paysan libre pour un certain nombre d'années qui pouvait faire ce que bon lui semblait de la récolte, en échange le paysan devait aménager et entretenir la terre. À l'expiration du délai d'exploitation, le propriétaire bénéficiait des aménagements et constructions réalisées.
Pour fidéliser les vassaux à la monarchie, des bénéfices pouvaient être accordés : l'usufruit d'un domaine, pour une durée déterminée d'au moins cinq ans et à vie la plupart du temps, est attribué à un favori du roi en échange de services rendus.
En 623, l'évêque de Metz, Arnoul, demanda à être visité par le roi, mais celui-ci préféra envoyer Dagobert. Arnoul rendit compte que les Austrasiens furent jaloux des Neustriens qui bénéficiaient de la présence du monarque et s'estimèrent lésés. Aussi, ils souhaitèrent la présence du roi en leur contrée ce que Clotaire refusa. Mais cédant aux revendications autonomistes des nobles d'Austrasie, il nomma Dagobert roi de ce territoire (amputé néanmoins des régions à l'ouest des Ardennes et des Vosges ; les vallées de la Haute-Meuse, de la Haute-Marne, de l'Aisne, de la Champagne. Les villes de Verdun, Toul, Châlons et Reims, également exclues, étaient déclarées « cités royales » et ne dépendirent que du roi) en tant qu'associé à la couronne avec délégation d'autorité. Cette décision fut approuvée par Brodulf qui vit là une occasion d'éloigner Dagobert ainsi que Harmaire, que Brodulf suggéra qu'il commanda des troupes afin d'apaiser les troubles causé outre-Rhin par le duc saxon Aighina. C'est alternativement à Metz et à Trèves qu'il résida alors. Ses tuteurs seront le maire du palais Pépin de Landen, saint Arnoul et Cunibert (ou Chunibert), évêque de Cologne, qui étaient déjà les dirigeants effectifs de la contrée. Son éducation s'orienta de manière à répondre aux besoins de l'Église, et il ne put se passer de la compagnie d'Arnoul au point de menacer ses fils de mort si ce dernier devait mener une vie érémitique.
Il se consacra à l'amélioration du système judiciaire afin d'étendre les compétences du roi par la mise en place de réformes. Le wergeld (« prix de l’homme ») pour une même catégorie sociale fut pratiquement équilibré, quelle que soit la naissance des hommes, les conditions de l'état civil, de la famille, des successions s'uniformisent. En conformité avec l'édit de 614, il imposera que durant les jugements, un évêque ou un clerc intervienne pendant les débats ou délibérations pour réduire les injustices. Le comte du palais ou le clerc purent demander la reconsidération des sentences et interjeter appel. Il poussa à la périodicisation régulière des sessions, au maintien des jurys populaires, à la désignation de conseillers-auditeurs compétents au mandat de longue durée. Le référendaire spécialisa les juristes auxquels le roi fit appel. Il laissa le chancelier-référendaire promouvoir à la chancellerie des magistrats pour des missions juridiques ou d'inspections. Les accusés, défendeurs et demandeurs purent s'appuyer sur des témoins, des garants ou cautions. Les problèmes concernant les veuves, orphelins et déshérités sont soumis aux clercs, qui eurent mission de représentant et conseiller. Les conseillers-auditeurs non convoqués à une session purent assister ou représenter en justice des plaideurs. La taille des pagus (unité administrative principale des états du royaume), où les comtes exercent la juridiction du roi, sont de tailles variables, empêchant ainsi le comte d'y assurer la représentation du roi à chacune des audiences des différents centres judiciaires. Les comtés furent donc partagés en vicairies où à leurs têtes furent nommés des vicaires, qui présidèrent les tribunaux locaux, sous autorité du comte. Les affaires importantes furent directement présidées par les comtes. Les comtes et les vicaires durent désigner juristes et clercs de leur entourage pour assistance. Les comtes eux-même eurent appel à des vicaires pour les affaires courantes et pour les remplacer lors de leurs déplacements.
Chrodoald, un aristocrate bavarois de la famille des Agilolfing propriétaire d'un domaine à l'ouest de Trèves, exerçait un trafic de marchandises avec les duchés alliés de l'Est et étendait son influence au détriment de celle du roi, pour constituer un Etat indépendant. Il refusa également de payer l'impôt à Pépin de Landen, dont il avait acheté certains de ses officiers, et ne se soumit guère au ban. Arnoul souhaita la mise à l'arrêt et un jugement par le tribunal royal. Chrodoald se réfugia à Paris auprès de Clotaire qui demanda à Dagobert d'abandonner toute poursuite, et de promettre de le laisser regagner ses terres. Clotaire aurait reçu serment de Chrodoald qu'aucun trouble n'interviendrait de sa part. Après consultation de Pepin, Arnoul, Harmaire, Anségisèle et l'évêque de Metz Clodulf, également conseiller royal, Dagobert accorda son pardon. À son retour au palais de Metz, il fut assassiné par des hommes du patrice Harmaire sur ordre de Dagobert. Clotaire se rendit compte qu'il y avait eu accord entre son fils et l'entourage de celui-ci. Il menaça de le destituer s'il ne venait pas de lui-même pour repentance et soumission. Dagobert en profita pour étendre son autorité sur Metz et Trèves. Il envoya Cunibert à Clichy demander au roi l'Austrasie avec la Champagne, Brie et les cités royales. Un comité de douze Grands eut lieu pour en délibérer. En septembre 626, il rencontra son père et s'installa dans la villa royale de Saint-Denis. C'est peut-être à cette date qu'il fit embellir son monastère ou alors en 625.
L'assemblée accorda l'intégralité de l'Austrasie à Dagobert excepté l'Aquitaine et la Provence, habituellement rattachées aux rois Austrasiens. Il fut convoqué par son père à Clichy en présence d'Amand et de Caribert, pour reconnaissance officielle du royaume d'Austrasie et prêter serment d'allégeance. Mais Clotaire impose la condition qu'il épouse la sœur de la reine Sichilde, Gomatrude et que Caribert épouse Fulberte, belle-sœur de Brodulf (l'existence de Fulberte serait contestée, voir article Faux Mérovingiens). Ces mariages permirent à Sichilde et Brodulf que des membres de leur famille soient reines. Le mariage eut lieu en décembre 626 à Clichy, Amand célébra l'union. Il unit également Caribert et Fulberte quelques jours après.
Le duc Aighina dut s'expliquer devant Dagobert des troubles causés, à l'extérieur de son duché, par ses soldats. Il remit en cause la gestion de ses troupes par le patrice Harmaire et un différend éclata entre eux. Aighina dut faire serment de fidélité et fut convié à une assemblée de Grands présidée par Clotaire, qui fut à cheval entre décembre 626 et 627. Harmaire se fit assassiner en sortant de la grande salle de la villa royale. Les assassins s'enfuirent mais des témoins reconnurent des hommes de la garde personnelle d'Aighina qui s'était réfugié à Montmartre. Les fidèles de Harmaire voulurent le venger et assiégèrent le duc. Brodulf demanda l'intervention du roi qui convoqua Ega pour imposer la « paix du roi » entre les rivaux. Aighina fut destitué de son duché, remit à Berthoald, exilé à Montmartre avec une petite garde en compagnie et avec l'octroi d'un petit domaine comme résidence forcée.
En avril 627, profitant de la mort d'Harmaire, qui ne fut pas encore remplacé dans ses fonctions, les Saxons commandés par Berthoald attaquèrent l'Austrasie. Dagobert leva la ban et commanda les troupes à Spa. Durant la bataille, les cavaleries ennemies s'affrontèrent laissant les deux chefs face-à-face : Berthoald agrippa la chevelure de Dagobert et la lui coupa.
Dagobert demanda de l'aide à Clotaire qui, avec Ega et l'armée Neustrienne, arriva près d'Aix-la-Chapelle. Le duc fondit avec sa cavalerie sur les troupes de l'armée neustrienne tentant de la prendre à revers mais Ega et ses hommes, grâce à leurs piques et lances, firent Berthoal prisonnier et mirent ses troupes en déroute. Ega convoqua le roi et son fils et demanda l'application des lois de la guerre concernant les traîtres : Clotaire ordonna l'exécution de Berthoald qui fut décapité.
À la suite des affrontements, Dagobert dut reconstituer les royaumes de Saxe et de Thuringe.
En matière fiscale, il ordonnera la restauration du cadastre, le versement annuel d'une redevance par les Grands. Les levées exceptionnelles furent supprimées et le droit de gîte et d'hospitalité, qui permettait au roi et son escorte de bénéficier d'un hébergement et de subsistance, ne se vu plus accablant et des dédommagements furent accordés aux cités d'accueil. Les zones de stationnement et les relais des armées durent être dédommagées par les provinces ou le pays dans son ensemble. Il encouragea les comtes à rendre une justice moins intéressée en accroissant les inspections, les modifications de sentences. Il accorda des faveurs aux magistrats intègres. Il dota les comtes de bénéfices personnels qu'ils tentèrent de rendre héréditaires.
Face à l'augmentation des biens ecclésiastiques, Cunibert et Clodulf en informèrent le roi qui promut de nouvelles lois : en cas de fraude électorale pour la nomination d'un évêque, ainsi que pour les désignations abusives de diacres et de prêtres, un appel pourrait être fait au roi. Il en fut de même en cas de manquement d'un évêque pour l'assistance aux déshérités. L'enseignement leur revenant de fait, il leur fut imparti d'ouvrir des écoles et de veiller à la bonne formation des clercs instructeurs, sous peine de voir leurs privilèges remis en cause. Les biens de l'Église eurent pour objectifs l'amélioration des conditions des paysans et l'augmentation de leurs rendements. Les affranchis, esclaves, veuves et orphelins passèrent sous la juridiction des évêques tout comme les contrats de mariages et testaments.
Dès le décès de Clotaire II (18 octobre 629), un messager lui transmit une invitation aux funéraille de son père à Paris. Le roi fut enterré à l'église saint-Vincent. Alors que Sichilde s'était rendue dans sa villa de Bonneuil, Brodulf expliqua qu'avant sa mort, Clotaire aurait légué le royaume à Caribert, secondé par le maire du palais neutrien Landri. Dagobert exigea des témoignages et Brodulf dit que Landri et Amand furent témoins de la scène. Tous les deux furent convoqués et le contredirent : Landri dit qu'il n'avait pas reçu de consignes particulières et Amand n'avait entendu qu'un bredouillage de confession sans rapport. Dagobert ordonna à Brodulf de partir le plus loin et le plus vite possible, ce qui fut fait. Face à toute la cour, il déclara son titre royal en se faisant nommer roi de Bourgogne, puis chassa Caribert de la Neustrie, lui faisant jurer de renoncer définitivement à la Gaule. Caribert devant lui succéder en l'absence de descendance. Quelques jours plus tard, Landri mourut et fut remplacé par Ega. Il visita la Neustrie et la Bourgogne pour y établir les réformes mise en place en Austrasie, puis s'installa dans l'abbaye de saint-Denis.
Ega et le trésorier royal Didier, vinrent le voir pour lui annoncer que l'Aquitaine se révoltait du fait de l'absence de visite du roi dans cette province. Le comte de Cahors se fit assiéger par un groupement de bandits et de population locale, entrainant la lapidation de l'évêque Rubique, frère de Didier, qui tenta de s'interposer. Didier fut désigné comme successeur de Rubique. Afin d'apaiser les tensions, le roi dut se faire représenter en Aquitaine. Poussé par son oncle Brodulf, Caribert réclama son dû. Dagobert ne lui laissa pour territoire que le royaume d'Aquitaine, créé pour l'occasion. Ce royaume eut Toulouse pour capitale et engloba l'Aquitaine méridionale jusqu'au Pyrénées avec comme principales villes Agen, Cahors, Périgeux et Saintes. Aidé par le duc Bascons et par le duc Egina et autres ducs et comtes, il envoya des troupes sur les principaux lieux de rébellion. Il repoussa les Vascons ibériques ainsi que leurs alliés Basques, soumettant à l'autorité royale toute l'Aquitaine. Le duc Egina s'installa avec ses troupes aux bords des Pyrénées. Lorsque Caribert rejoignit Toulouse, il reçut un légat de Dagobert pour le complimenter de sa victoire.
Voulant répudier Gomatrude qui lui avait été imposé par son père, il convoqua le référendaire Dadon, l'évêque Amand et un officier de sa garde. L'officier fut chargé d'avertir la reine qu'elle ne devrait plus que se contenter de vivre dans une aile de sa villa de Romilly et d'y rester. Puis le roi accompagné de Dadon, Amand et de hauts dignitaires, eût signé l'acte de répudiation ne laissant à la reine que la liberté de choisir son lieu de résidence, l'accompagnement de serviteurs et la possibilité de percevoir une pension de la part du comté de son lieu de résidence. Amand s'opposa à cette décision et fut destitué de ses fonctions à la cour pour être envoyé auprès de Caribert, qui accepta de l'héberger. Mais devant son refus, Dagobert nomma Amand évêque sans siège fixe, en lui donnant pour mission l'évangélisation des païens du pays basque. Avec l'aide de clercs qui l'accompagnèrent et des seigneurs chrétiens locaux, il fonda des paroisses, créa des séminaires d'enseignement de langue romane et de formation des diacres. Sa mission achevé, Caribert fit de Amand son aumônier. Gomatrude fut finalement répudiée et se réfugia dans le domaine de se belle-sœur Bruère.
En 630, afin de rendre justice et secourir les pauvres, il voyagea en Bourgogne en se rendant dans plusieurs villes dont Saint-Jean-de-Losne, où il fit assassiner Brodulf. Il répudia Gomatrude à Reuilly et épousa Nanthilde. Il prit ensuite comme concubine Ragnetrude qui enfanta de Sigebert.
Saint Amand et Dagobert Ier. Vincentius Bellovacensis, speculum historiale (traduite par Jean De Vignay), 1463. Paris.
En 631, accompagné à Orléans par Pépin de Landen, son fils Sigebert fut baptisé par l'évêque Amand et Caribert II. Il signa un traité de « Paix Perpétuelle » avec l'empereur byzantin Héraclius. Sur les conseils de ce dernier, il fît baptiser tous les juifs de son royaume.
Le 8 avril 632, le décès de Caribert II lui permet de récupérer l'Aquitaine, reconstituant ainsi le royaume franc tel qu'il était sous le règne de son père. Il fit peut-être tuer son neveu Chilpéric le fils de Caribert II. Dès lors, il choisit de quitter l'Austrasie, et de prendre Paris pour capitale, de par sa position géographique au centre du royaume.
Les Wendes ou Vénèdes, ethnie Slave, agressèrent une caravane de négociants Francs, provoquant un conflit diplomatique entre Dagobert et Samo, roi des Wendes. Les Francs d’Austrasie s’unirent avec les Lombards et les Alamans qui battirent les Wendes. Dans la bataille, qui eut lieu à Kaaden-sur-l'Oder (Wogatisburg), les Austrasiens furent vaincus. On attribue cette défaite par un manque de motivation, dû à une politique pro-neustrienne et au fait « qu'ils se voyaient haïs de Dagobert et continuellement dépouillés par lui ».
Dagobert vint ensuite en aide à Sisenand, aristocrate Wisigoth, pour détrôner Suintila en échange de récompense. Sisenand monta sur le trône.
Il se sépare ensuite de Pépin de Landen, tentant de recouvrer un peu du pouvoir que son père avait laissé aller aux maires du palais. Il choisit alors d'excellents conseillers tels que le chancelier Didier, le référendaire (gardien du sceau royal) Dadon (canonisé sous le nom de Saint Ouen) et l'orfèvre Eligius (futur saint Éloi). Avec leur aide, il va s'occuper en priorité des affaires intérieures du grand royaume des Francs et son règne va constituer une trêve heureuse dans l'anarchie mérovingienne et apporter une paix relative, grâce à sa volonté d'unifier le gouvernement du pays. Il va entreprendre un certain nombre de réformes essentielles :
* Il lutte contre les revendications autonomistes de certaines parties de la noblesse, et continuant l'œuvre entreprise par Clotaire II, il parvient à supprimer la pratique successorale dite de la « patrimonialité » qui fut, à cause des mésententes de partage, génératrice de nombreux conflits.
* Il parvient aussi à réorganiser l'administration et la justice du royaume, et prend l'initiative, sur les conseils de l'ancien orfèvre Éloi, d'éliminer toute la fraude monétaire, en centralisant au palais la frappe de la monnaie.
* Il développe également l'éducation et les arts, et fera de nombreux dons importants au clergé (il fonda entre autres l'abbaye de Saint-Denis qui accueillera son tombeau quelques années plus tard) : il lui accorda un droit de foire où tous les ans à partir du 9 octobre, jour de la saint Denis, le clergé pouvait organiser une foire pour effectuer du commerce et prélever des taxes à la place du pouvoir royal. Il aida Éloi à la fondation du monastère de Solignac, près de Limoges, et celui de saint Martial, dans l'île de la cité à Paris. Il accorda des privilèges d'immunité à Dadon, favorisa le monastère de Rebais et choisit Didier au siège épiscopal de Cahors. Il fut en fait le dernier roi mérovingien à diriger personnellement le regnum francorum.
Au niveau politique, Dagobert développe les relations diplomatiques avec les pays voisins : un accord en 633 avec les Saxons pour qu'ils l'aident à protéger ses frontières des Slaves de Samo. Les Saxons proposent à Dagobert de protéger le royaume en échange de rémission de leur tribut de cinq cents vaches. Il mène également des campagnes militaires, notamment contre les Gascons (638), les Bretons, et surtout les Slaves qui lui résisteront en 632.
Mais en 634, la noblesse d'Austrasie se révolte. Pour apaiser les esprits, Dagobert est contraint d'abandonner le royaume d'Austrasie à son fils Sigebert III qui n'a alors que deux ans (il réussit néanmoins à écarter cette fois Pépin de Landen du poste de maire du palais). Il lui donna comme tuteurs l'évêque de Cologne et le duc Andalgésil.
En 635, il eut de Nanthilde un fils nommé Clovis. Ce sont ensuite les nobles de Neustrie qui revendiquent leur rattachement à la Bourgogne ; ils exigent et obtiennent que Dagobert rassemble les deux régions, et qu'il place son fils Clovis II à la tête de ce nouveau royaume.
Un traité fut conclu avec Sigebert, afin qu’à la mort de Dagobert la Neustrie et la Bourgogne reviennent à Clovis, l’Austrasie restant à Sigebert et à sa descendance.
En 637, une révolte de gascons éclata. Une armée fut envoyé de Bourgogne, avec à sa tête Chadoinde et dix ducs, qui ravagèrent leurs vallées. Lors du retour, un duc fut piégé dans la vallée de la Soule et sa troupe fut vaincue.
Judicaël, roi des Bretons, qui avait fait ravager Nantes et Rennes, fit acte d’allégeance à Dagobert à Clichy (ou Creil), suite à une ambassade d'Éloi. Il préféra se rendre chez le référendaire Dadon plutôt que de dîner avec Dagobert. De même, l’aristocratie gasconne se soumit à Clichy.
En 638 ou 639, Dagobert tomba malade d’un flux au ventre à Épinay-sur-Seine ; il recommanda alors la reine Nanthilde et son fils Clovis au maire du palais de Neustrie Aega.[11] Il mourut quelques jours après, un 19 janvier.
À sa mort, ses deux héritiers sont encore très jeunes : Sigebert a huit ans, et Clovis quatre ; l'unité de commandement disparaît et les luttes et l'anarchie reprennent, le pouvoir des maires du Palais, va s'accroître au détriment des rois, car ils en profitent pour manipuler les jeunes souverains et s'accaparer définitivement du pouvoir : c'est le début de l'époque dite des Rois fainéants qui marquera la fin de la dynastie mérovingienne.
Avant de mourir, le roi Dagobert avait choisi d'être enterré, non à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, comme ses prédécesseurs depuis Childebert Ier en 558, mais à la nouvelle basilique Saint-Denis dont il avait fait construire l'enceinte, sur le lieu où reposait déjà depuis 570, Arégonde, la quatrième épouse de Clotaire Ier. De Dagobert, dernier roi unique du regnum Francorum, il subsiste, le tombeau que fit installer au XIIIe siècle le roi Louis IX.
Culture populaire
Dagobert Ier chassant le cerf. Vie de saint Denis, XIIIe siècle, Paris. Bibliothèque Nationale de France.
Alors qu'il était adolescent, Dagobert parti à la chasse au cerf. Ses chiens en poursuivirent un qui se réfugia dans une chapelle édifiée, à Catulliacum, sur le tombeau des Saints Denis, Rustique et Eleuthère, évêques de Paris. Un miracle empêcha les chiens d'entrer, impressionnant Dagobert qui conçut pour les saints une grande vénération.
Chassant un cerf avec saint Ouen dans la forêt de Cuise, il aperçoit dans l'air une croix d'une blancheur lumineuse. Saint Ouen décida de bâtir une église à cet endroit, qui devint le prieuré de Lacroix.
Peu de jours après son entrée à Metz pour y exercer la délégation d'autorité de la couronne de son père, Dagobert eut reçu la visite d'un prince d'Arabie attiré en Francie et en Alémanie par des perspectives d'échanges commerciaux. Ce prince l'aurait averti de la fuite de Mahomet, l'hégire, et de son retrait à Médine.
Notburge, fille de Dagobert, se vit proposer en mariage par son père, qui séjournait dans la vallée du Neckar près du royaume Wende, au roi Samo. Horrifié par un mariage païen, Notburge se réfugia dans une grotte de l'autre côté de la rivière. Irrité, le roi la retrouva et la saisit par le bras qui lui resta dans la main. Reprenant ses esprits, Notburge « entend le bruit d'un être rampant, un serpent s'avance et la remplit d'effroi. Cependant, jetant les yeux sur le reptile, elle lui voit la tête surmontée d'une couronne, une herbe dans la bouche, et fixant ses regards sur la plaie. Serpent divin, blessure guérie ». Pieuse, Notburge obtint la conversion des habitants du lieu. La grotte devint un lieu de pèlerinage, et on éleva une église sur sa tombe à Hochhausen. Elle fut sanctifiée sainte Notburge.
Dagobert tomba malade d'une fièvre que les médecins ne savaient guérir. Au bout de six mois, son père envoya en Sarthe à saint Longis, fondateur du monastère du même nom « un calice et une patène en argent, que l'on voit encore aujourd'hui dans ce monastère. Le messager qui s'y rendait n'était pas encore à la moitié du chemin que la fièvre quittait le prince ».
Dagobert fut atteint de lèpre. Il confia son royaume à son fils et partit en pèlerinage avec son épouse. En Alsace, ils s'établirent à Atenborg. Au cour d'une chasse, le roi s'étendit sur un pré fleuri pour y dormir. Au réveil, le contact de sa peau avec la rosée rendit saine une partie de son corps. Sur conseil de sa femme, il s'immergea complètement et guérit de même. « Le roi rendit pieusement grâce à Dieu, et dit dans un élan joyeux : Il est sûr que des saints se trouvent ici, ou que ce lieu même est sanctifié. Ainsi, je veux que cet endroit soit appelé désormais Lieu-Saint, ou Lieu-des-Saints » (Heiligenstadt). Les saints étaient les martyrs Aureus et Justin, une église fut construite en leur honneur.
La sœur de Dagobert, Énimie, se vit offerte en mariage. Or, elle était voué au Christ. Elle demanda au seigneur d'empêcher cela, et fut atteinte de lèpre. Une vision lui intima de partir guérir à la fontaine de Burle, en Gévaudan. Ainsi, elle put guérir. De retour dans le royaume franc, la lèpre frappa à nouveau. Elle retourna à Burle et compris qu'elle devait rester en Gévaudan. Elle y accomplit de grands miracles, où tel saint Romain, elle anéantit le Drac, accompagnée partout de sa filleule également nommée Énimie. Elles moururent quasiment en même temps et furent ensevelies l'une au-dessus de l'autre, en sorte que seul le tombeau de la filleule, placé en haut, portait mention d'Énimie. « Dagobert se rendit jusque dans le Gévaudan qu'en explorateur zélé il se mit à parcourir pour chercher l'endroit où se trouvait enseveli le corps de sa sœur la bienheureuse Énimie, tant il avait le désir de l'emporter dans son pays, pour glorifier sa sœur d'innombrables louanges et pour qu'honneur lui soit rendu. » Mais trompé par la disposition des tombeaux, il s'empara d'Énimie la jeune. Ainsi, les reliques de la sainte restèrent en son abbaye.
Clotaire II fit de Sadragésile duc d’Aquitaine. Celui-ci n’appréciait pas Dagobert, et lorsque ce dernier l’invita à sa table, en l’absence de Clotaire II, Sadragésile refusa de boire à trois reprise avec Dagobert en plus de se montrer impoli. Dagobert le ridiculisa en lui faisant couper la barbe et en le faisant battre avec des verges. Au retour de Clotaire II, son ministre raconta les faits. Le roi menaça son fils qui se réfugia en la chapelle de Saint Denis où les hommes de son père ne purent entrer. Durant cette captivité, Dagobert fit un songe où les saints lui seraient apparus. Dagobert s’engagea à les honorer en échange de leur protection. Clotaire II s’inclina devant le pouvoir des saints et se réconcilia avec son fils. Il offrit, en plus, des dons au tombeau des saints.
Dagobert, « ayant rassemblé une armée aussi nombreuse qu'il le put, passa le Rhin en personne, et n'hésita point à aller attaquer les saxons. » Durant la bataille, Dagobert fut blessé à la tête et son père vint à son secours. Ils combattirent « ne laissant vivant aucun homme dont la taille surpassât la longueur de son épée. » Ce serait après la mort de son père que Dagobert aurait fait reconstruire l'église de saint Denis en remerciement de la protection des saints.
Chanson
Dans la culture populaire française, Dagobert est surtout connu au travers de la chanson Bon Roi Dagobert. Celle-ci semble dater de la Révolution française. Selon la légende, Dagobert était tellement distrait qu'il avait l'habitude de mettre ses culottes (ses braies, pantalons) à l'envers. Myope, Dagobert avait l'habitude, selon Wulfram de Strasbourg (VIIIe siècle), de se prendre les pieds dans les tapis et de chuter, sous les regards médusés des témoins. Bon vivant et populaire, il riait bien souvent de sa propre personne. Le respect dû au roi a fait passer sa légendaire distraction pour une simple légende.
Cette chanson écrite sur un air de danse dit Fanfare du Cerf n'a pas pour but de transcrire une vérité historique mais plutôt de se moquer du roi Louis XVI connu entre autres pour sa personnalité distraite, et de la reine Marie-Antoinette à travers ce roi ancien et mal connu.